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DanteProphète d'un monde uni |
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J'ai avec Dante une relation particulière. À l'âge de neuf ans, j'ai reçu d'un peintre un portrait de Dante qui, depuis, n'a cessé d'occuper le mur de ma chambre. Souvenir d'un ami depuis longtemps disparu.
Neuf ans plus tard - les dantologues reconnaîtront le chiffre sacré du grand Florentin - j'ai suivi des leçons d'italien au Collège: tout un semestre avec les cinq premiers vers de l'Enfer... J'ai pris en grippe le poète...
Neuf ans plus tard, un dimanche de pluie, Paolo, notre voisin, m'a prêté un trésor: la Divina Commedia en trois volumes, abondamment commentée, superbement illustrée. Ce fut un véritable coup de foudre.
Encore neuf ans plus tard, en me documentant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour une série de douze émissions commandée par la Radio Svizzera Italiana sur la recherche de la paix, de l'Antiquité à l'ONU, j'ai découvert la Monarchia de Dante, me montrant d'autres faces du poète: celle du philosophe, celle du politicien, celle enfin du citoyen du monde... à l'époque où je militais pour une Europe unie.
Deux fois neuf ans plus tard, flânant à travers l'Italie, j'ai à nouveau rencontré Dante à chaque pas ou presque: un Dante mora-lisateur, préoccupé d'éthique; un Dante éducateur, passionné de sciences; un Dante soldat; un fougueux Gibelin aux tendances hérétiques mais soucieux des formes orthodoxes; un Dante profondément croyant mais farouche adversaire des papes; enfin, un Dante méconnu en ce qu'il a sans doute de plus grand: la foi incorruptible du prophète d'un Monde Uni.
C'est là un rêve d'initié, l'un des traits marquants de l'Ésotériste à son plus haut degré.
C'est lui que je veux faire revivre: ce Dante courageux en une époque où l'on brûle les Justes pour les rendre muets. Se jugeant plus utile à l'humanité vif que mort, il sait qu'il faut être prudent, camoufler sa pensée, coder ses messages. Comme les troubadours occitans usèrent du trobar clus, il utilise son gergo, son argot florentin, les antonymes, les symboles:
«Il faut que l'on sache que mes écrits peuvent être entendus et doivent être expliqués surtout en quatre sens. L'un s'appelle littéral... l'autre s'appelle allégorique et c'est celui qui se cache sous le manteau des fables... le troisième sens s'appelle moral... le quatrième sens s'appelle anagogique; c'est-à-dire super-sens et c'est celui que l'on a lorsqu'on explique au point de vue spirituel un écrit... lequel représente les choses de la vie éternelle..."

La plupart des dantologues ne tiennent pas à dépasser le «sens littéral» énoncé par Dante lui-même. C'est leur droit le plus strict.
C'est le mien également d'explorer les trois autres, d'écrire ce que j'ai découvert, de faire revivre un poète qui était aussi un visionnaire.
Dante a souffert, dans sa chair et dans son âme, des turpitudes de son époque. Il a proposé des remèdes, tout aussi valables aujourd'hui.
Après la mort de Dante Alighieri, il y eut, à Florence, un rapide et bien curieux revirement. Le gouvernement de la cité, qui jusqu'alors avait fait brûler non seulement la Monarchie, mais tout fragment de texte attribué à leur concitoyen, eut vent de la Comédie, eut même l'occasion d'en lire des morceaux choisis du Paradis, d'une ortho-doxie catholique romaine suffisante.
Mais qu'en est-il aujourd'hui du véritable but concret, politique, moral, philosophique, spirituel, de Dante ? Quoi d'un rapprochement de toutes les Églises, dans un respect mutuel, un amour et une collaboration fraternelle dans l'immense uvre mondiale de charité pour tous les humains souffrants et démunis, sans discrimination entre croyance affichée, couleur de peau, sexe ou âge ? Quoi d'une coopération effective, pratique, entre tous les chefs des religieux, dans un cuménisme obéissant à Un Dieu, quel que soit le nom ou la forme que Lui donnent des adorateurs dont aucun ne L'a jamais vu, Lui qui est la Lumière, la Sagesse, la Tolérance et l'Amour ? Dans le respect de l'autre, dans le respect de la Dignité humaine.
Un jour viendra... Mais qu'en est-il aujourd'hui du gouvernement
mondial que plaidait Dante ? À son époque, on ne connaissait que
l'Empereur comme chef temporel unique. À son époque on ne savait
rien de la démocratie. À son époque, l'univers se
composait des États entourant la Méditerranée, avec
quelques notions mythiques de l'Orient, de l'Inde, de la Chine. Qu'en est-il de
la transposition moderne de l'idéal de Dante ? Qu'en est-il de
l'éradication de cette plaie politique du XXe siècle: la
souveraineté nationale absolue ? Qu'en est-il de la réforme de
l'ONU avec l'abolition d'un droit de véto qui confie la paix du Monde
aux cinq principaux fabricants d'armes ? Qu'en est-il d'un Conseil de
Sécurité transformé en Exécutif mondial collectif,
dans lequel singeraient les meilleurs et non les plus forts ? Qu'en est-il
d'une Assemblée Législative représentant vraiment
«Nous, les Peuples» et non seulement des Gouvernements, dont la
moitié sont des dictatures tyranniques ?
Le seul anachronisme que l'on puisse de nos jours reprocher au maître-livre politique et philosophique de Dante, la Monarchie, c'est ce concept de monarque solitaire, inimaginable aujourd'hui, après les traumatismes de Lénine, Hitler et Staline. Pourtant, que voyons-nous, sept siècles après Dante ? Le nôtre, en train d'expirer, a connu deux guerres mondiales et une guerre froide de quarante ans. Pendant cette dernière a régné l'ordre et la paix à laquelle aspirait Dante. Mais en négatif, en quelque sorte. Il n'y avait pas un Empereur tout puissant, mais deux Pouvoirs antagonistes, armés d'engins si terrifiants qu'ils pouvaient tous deux anéantir l'humanité tout entière.
Il ne régnait donc que l'ordre de la Terreur, et non la Paix dans le bonheur.
L'Empire soviétique totalitaire s'étant effondré, et le peuple américain démocratique refusant absolument de jouer aux gendarmes du monde, c'est l'anarchie qui s'est installée un peu partout, avec des conflits, des guerres, des famines, des atrocités, des massacres, des exodes de population. Tout comme, il y a sept siècles, en Italie, à l'époque de Dante. Il préconisait un Empereur mondial. Il ne connaissait pas la démocratie. Son premier embryon, en l'ère chrétienne, venait de voir le jour entre Uri, Schwyz et Unterwald, ftus de la Confédération helvétique, en 1291, moins de vingt ans avant la rédaction de la Monarchie.
Aujourd'hui, sur près de deux cents États membres de l'Organisation des Nations Unies, près de la moitié se targue d'avoir adopté l'idéologie démocratique. Certes, même dans les plus avancées d'entre elles, beaucoup de choses sont imparfaites. Le progrès est patent, l'évolution est claire. En remplaçant l'Empereur par un Gouvernement mondial, et l'Empire par une Fédération mondiale, on redonne sans le trahir toute son actualité à l'idéal de Dante. Il demeure, de nos jours, le Prophète du Monde uni.·
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A découvrir :DanteProphète d'un monde uniPaul Alexis LadameCe Dante ne ressemble à aucun autre. Il est certes, le merveilleux poète de la Comédie, le philosophe, le politologue qu'évoquent les exégètes. Pour Paul Alexis Ladame, il est aussi le prophète qui - projeté au-delà de son temps - perçoit le mouvement des ères futures. C'est l'émouvant visage de ce visionnaire - l'un des plus grands initiés de tous les temps - que nous restitue Paul Alexis Ladame. paru chez : Editions Jacques Grancher |
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